1.10.14

La Briqueterie est bombardée le 9 sept. 1943

Le 9 septembre 1943 restera une date péniblement mémorable dans les annales de la briqueterie.

Dès 9 h 30 du matin, alors que tout le personnel s'affairait à son travail, une quarantaine de bombardiers anglais débouchèrent de l'horizon nord en suivant une ligne de vol vers le sud, par dessus le chemin des Renards. A partir du chemin de la Blanche, ils larguèrent des centaines de bombes jusque la voie de chemin de fer en étalant sur la briqueterie un véritable tapis d'engins explosifs. Guère plus longues que 30 cm, ces petites bombes munies d'ailettes produisaient, en tombant, un horrible sifflement strident que les témoins auditifs, aujourd'hui encore, ont en mémoire.

En touchant terre, ces projectiles de guerre ne trouaient pas le sol ni ne soufflaient les bâtiments mais explosaient en mille morceaux de ferrailles partant ou tous sens, à l'horizontale.

L'objectif était-il donc bien de tuer plutôt que de démolir ? Jamais, l'on ne sut la raison.

Tous n'eurent pas eu le réflexe de se jeter au sol ou de se mettre à l'abri. Certains s'enfuièrent, d'autres restèrent figés à regarder cet escadron larguant sa charge explosive et meurtrière. Les détonnations s'echainèrent à la suite les unes des autres dans un vacarme étourdissant, à un rythme accéléré.

Il est 9 h 32. Une épaisse fumée noirâtre obscurcit le ciel. Plus rien ne bouge... on entend des cris, des hurlements…

Le jeune fils du patron, Joseph De Bruyn, 18 ans, a vu et vécu ce bombardement. Immédiatement, il se  coucha sur le sol à l'abri d'un petit muret, non loin du "mélange". Un ouvrier tout à côté de lui, l'imita, en le couvrant même comme pour le protéger. Lorsque le tonnerre aérien fut calmé, Joseph s'empressa d'aller à vélo chercher du secours au Bizet. Il rencontra en route M. Baudrez qui, étudiant en médecine, vint apporter son aide.

Ils remarquèrent la première victime, un briquetier âgé, Henri Demarez qui portait un sac de ciment. La face ensanglée contre le sol... il était déjà trop tard.
La liste des tués s'alongea :
Alidor Allemeersch, découvert mort entre les hangars de séchage
Arthur Mareel, défourneur
Maurice Vanleene, Wervicquois, contre-maître

Dans les champs avoisinants, 15 ouvriers agricoles occupés aux moissons ou récoltes furent également victimes de ce bombardement.

Les dépouilles des victimes furent rassemblées au Couvent des Pères, au Bizet; et enterrées le dimanche suivant au cours d'une douloureuse mais non moins mémorable cérémonie.









Issues du Briqu'Echo janvier 1977, voici quelques anecdotes racontées par Jean Claerbout  à propos de cette tragique journée.
"… au moment du bombardement, j'étais au lit car j'avais travaillé de nuit. Ce sont les cris de panique de mes enfants qui m'ont reveillé. Je suis allé voir après mon frère Gérard qui était au travail au four. Car il faut dire que je n'habitais pas loin… j'habitais une des maisons de la briqueterie, près de la cantine. Ce n'est lorsque je rentrai à la maison que je vis mon frère sain et sauf. On s'est croisé en chemin, mais je ne l'ai point reconnu tellement il était noir de harbon. Il travaillait au grand four. Imaginez la panique du moment. Des Allemands sont arrivés aussitôt pour prendre position. Mais grâce à la fermeté du patron, M. Remi De Bruyn, qui n'hésita pas à dire à l'occupant : "C'est moi qui commande ici !", la panique disparut bien vite. Le courage des rescapés voulut que le four continua à tourner à sa fabrication de drains, malgré les importants dégâts dont il était la cause."

En 2002, lors d'une conversation franche et amicale avec la direction, celle-ci me confia : "… en échange de cette fabrication de drains, à la demande de l'Occupant, les habitants de la région purent bénéficier d'une tranquilité certaine de la part des Allemands !"  Cela mérite d'être dit !

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En septembre 2012, sur l'un des murs de la ferme de la Howarderie, une plaque commémorative a été accrochée, rappelant le nom des 18 victimes tuées par ce bombardement, dont 3 ouvriers briquetiers, plus un manquant, celui du Wervicquois. En voici quelques photos :





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