3.3.15

Briqu'teux… Presse-boutons !

On est loin du film "Les temps Modernes", avec Charlie Chaplin, mais…. grâce à la nécessaire modernité, sans oublier la technologie de Ploegsteert qui s'est toujours voulue à la pointe, le métier du briquetier est devenu au fil des ans, une profession de technicien !
Notre photo d'aujourd'hui nous montre le préposé briquetier devant l'étireuse qui débite son long et interminable boudin d'argile mole.
La mise en route doit se faire avec beaucoup de précautions  : la filière bien propre, le format commandé, les tapis en rouleaux fin prêts pour recevoir….
Le boudin, chaud, mis sous la pression à la sortie du "moule", transpire en dégageant une fine vapeur. Il brille comme une peau doucement bronzée. Sur les rouleaux, il glisse, rectiligne, lentement comme une boule de billard. Ses stries sont fragiles comme les cils d'une enfant.
L'ouvrier-technicien surveille : tout doit être parfait !
Si, toutefois, un problème survient : un fil de la coupeuse casse, par exemple, il agit aussitôt à son tableau en actionnant le bouton adéquat, parmi tous les autres voyants lumineux !
Et tout s'arrête !  C'est là qu'il intervient en trouvant la solution, en apportant la réparation.
Et ça repart !   Grâce à une main-d'oeuvre compétente !
Non, le briquetier n'est plus l'ouvrier avec sa pelle ou qui manipule des briques à longueur de journée. Il est devenu un technicien-spécialiste.  C'était déjà ainsi en 1977 !



 

2.3.15

L'argile est reposée !…On va la travailler !

La matière première, après s'être reposée durant quelques semaines dans cet hangar obscur, va bientôt retrouver la lumière et permettre aux hommes des fours de découvrir toute sa sensualité :  formées par l'ensilage, ses petites boules d'argile tiennent dans la main comme un petit oeuf de Pâques qu'on renifle. La glaise sent… la terre. Donc elle n'a pas d'odeur mais, curieusement, elle transpire déjà comme les courageux briquetiers qui l'ont amenée là.  L'argile se donne à celui qui la tâte : entre deux paumes qui la frictionnent, elle devient boudin ou bien, entre dix doigts qui la prétissent, elle se remet en boule. Quelle maléabilité !
Facilement, elle se laisse écraser pour en observer sa texture : de minuscules petits grains jaunes apparaissent !  Non, ce n'est pas du sable !  C'est de la sciure de bois ! Cette noble matière naturelle ajouter au broyage qui va contribuer à une bonne cuisson…"à coeur" tout en aérant la matière même de la brique. Cela lui permettra d'être solide pour affronter les siècles. De respirer en restant fraîche.  De sécher, s'il fait trop humide.  D'isoler contre le froid, comme la laine !

L'argile est donc prête à être moulée.
Un bull-dozer, dans un incessant ballet, viendra la pelleter pour la déverser aussitôt, avec une régulière habileté, dans un énorme réservoir qui va doser l'argile vers les tapis roulants. Au bout des rouleaux, cette argile tombe dans l'étireuse pour un ressortir en un interminale boudin.

Voici une photo d'une étireuse conduite par Roger Verkruysse qui surveille la qualité du boudin d'argile sortant de la filière (= la grille servant de moule)





26.2.15

Comme du pain, on pétrit la pâte puis elle se repose….

Avec "Les Anciens Briquetiers racontent"… on  serait tenté d'ouvrir des chapitres sur la fabrication des blocs treillis et des pots "stalton" !
Faut-il envisager de poursuivre notre modeste blog par une abondance de détails techniques ?
On en serait bien incapable, nous les anciens briquetiers qui avons connu d'énormes progrès technologiques. Aujourd'hui,  avant qu'on en écrive le premier mot, toute notre prose serait obsolète.

Par contre, pour rester dans le souvenir et après avoir porté un regard sur les fameux "petits trains" qui transportaient la terre vers les "fours",  rien ne nous empêche de se rappeler de ces énormes installations, indispensables pour la fabrication d'une terre cuite impeccable.

Voici deux photos qui feront très probablement parler beaucoup de Briqu'teux qui y ont travaillé dans une atmosphère bruyante.

Le Broyeur.
Qu'en dire ?
De mémoire de vieux "briqu'teux", un problème est survenu, il y a bien longtemps, lorsqu'un obus de la guerre 14, qui n'a pas été récupéré par le système électro-aimant, a suivi normalement le cheminement des tapis roulants. Arrivé dans la cuve du broyeur, tombant à l'intérieur   l'obus a explosé et provoqué la cassure de l'axe principal qui soutient les deux lourdes meules.  La grosse, la toute grosse panne ! Mais… c'était : il y a peut-être cinquante ans.




Le silo. 
Une fois broyée, tout comme les légumes qu'on écrase à travers un "passe-vite"pour en faire de la soupe, la terre est mise en silo dans un grand hangar, à l'obscurité, pendant plusieurs semaines.
Pourquoi ?   Par ce "repos forcé", l'argile trouve une homogénéité dans sa composition chimique ainsi que pour son degré d'humidité.
Pourquoi à l'obscurité ?  Pour empêcher l'apparition de mauvaises herbes à la surface du talus.



A l'attention des jeunes lecteurs, qui pourraient ignorer ce qu'est un "passe-vite", je précise, rien que pour l'humour de cette note mais pour bien faire comprendre le principe :  il s'agit d'un "mixsoup"… sans électricité.  Un matériel de grand-mère, quoi !

23.2.15

Deux hommes basculent une tonne !

- "Brimo, terminus, 20 minutes d'arrêt, et on repart !…"

Après un bruyant voyage de quelques kilomètres, le "petit train" chargé de sa glaise, arrive en gare !  Les portes, à l'arrière du Département, sont grandes ouvertes. Sur le quai,  un homme seul attend l'arrivée du convoi.  Il surveille : personne ne peut rester là  : trop dangereux !  Les rails, longeant le quai  voisine avec un trou profond, béant,  long d'une quinzaine de mètres.
Soudain, mais lentement, le premier wagon du convoi de terre  fait son apparition, suivi de tous les autres accrochés à la queue-le-leu.
Alors qu'il n'est pas encore tout à fait immobilisé, le chauffeur de la fumante locomotive-diesel saute de sa machine pour rejoindre le camarade Briqu'teux, celui qui aurait pu se prendre pour le "chef de gare", qui l'attendait.
A deux, en vrais costauds, ils s'approchent de la première berline remplie de terre à ras bord, déverrouillent un loquet,  et, dans un geste puissant, se mettent à pousser à l'épaule et de toutes leurs forces, ce gros bac métallique à la forme triangulaire, pour faire basculer son lourd contenu.  Un potin inernal se fait entendre, la tonne d'argile se déverse dans la "cave" ouverte, tandis que les deux ouvriers doivent, de leur poids, retenir le wagonnet afin d'éviter qu'il ne chute lui aussi provoquant un déraillement fort ennuyeux.
L'opération leur prend peut-être une demi-minute, ils passent à la berline suivante,…même synchronisation de gestes, même déploiement de forces,.  tous les wagons y passent !

Voilà, ils sont vidés.  Le "petit train" peut repartir pour une nouveau voyage.
- "Il sera de retour quand ?"  demandais-je dans le brouhaha des machines  ?
- "Une grosse demi-heure !" me répondit-on !
Le préposé allait-il devoir attendre ?   Non, pas du tout !  Pendant ce temps, il lui fallut inspecter cet dernier arrivage de terre, veiller à  nettoyer l'aire de débarquement,  et surveiller le transbordement de l'argile vers le broyeur.






Outre la froideur et la lourdeur du matériel "ferroviaire", des hommes assuraient la bonne marche de l'approvisionnement en argile, pour chaque département. Si c'était un travail rude, dans les courants d'air, dans la poussière, dans le bruit, dans l'humidité, ces briquetiers aimaient leur travail et le faisaient avec beaucoup d'amour.  En voici quelques visages. Tous ne sont pas représentés, ici. 


19.2.15

Pour les nostalgiques…. Voici un texte de 2001 !


Sans avoir beaucoup modifié leur petit train-train, ni éliminé leurs secousses et leur vacarme, ils auront sillonné durant près de soixante-dix ans, la tranquille plaine argileuse du Touquet, celle où jadis les fermiers du coin cultivaient patates, avoine ou betteraves.





La toute dernière équipe des terrassiers !

Autour des trous de briqueteries

Ils…ce sont ces petits trains que chaque habitant de la région briquetière ploegsteertoise connaît pour les avoir regardés en rêvant comme un enfant..., le temps d’une promenade aux alentours des « trous de briqueteries ».

Mais il convient dorénavant de parler au passé !
Ces sympathiques petits convois, fort bruyants, ont effectué, l'été 2001, leurs derniers voyages. En effet, les petits trains ont rendu l’âme durant cette dernière semaine de travail juste avant les congés payés.

Les Briqueteries de Ploegsteert avaient décidé de procéder à un investissement important : celui de supprimer les voies « Decauville » pour les remplacer par des tapis roulants qui achemineront automatiquement l’argile vers la fabrication.


Vers 1930, déjà

M. Jacques de Simpel, un ancien des briqueteries, nous raconte que les premières voies « Decauville » de 60 cm de largeur
(NDLR : du nom de l’inventeur Paul Decauville, industriel français 1846-1922) ont été installées avant 1930. A cette époque, les convois de six wagonnets étaient tractés par des chevaux. Probablement en février 1932, arriva un premier locotracteur monocylindre, semi-diesel (sic) et allumé par mèche, qui tira des rames de huit wagons. C’était un véritable progrès pour une briqueterie qui portait le même nom.

Puis, on investit dans un nouveau locotracteur plus moderne, de la marque Moës - Waremme, un engin capable de tirer un train de 9 wagonnets, d'une capacité de 750 litres chacun.

L'esor de la briqueterie du Progrès qui devient entretemps « Briqueteries de Ploegsteert » fait augmenter le nombre de convoi : elle achète un deuxième, puis un troisième locotracteur.

Le va-et-vient des petits trains se multiplie, l’aspect bucolique de la campagne qui encercle la briqueterie ne perd rien de son charme. Bien au contraire.

Au cours des années 1960, : les machines deviennent plus puissantes et les wagonnets augmentent leur contenu : ils ont une capacité de 1500 l. . Mais les étroites voies ferrées « Decauville » restent inchangées : les courbes, les aiguillages, les éclisses boulonnées restent toujours pareils.

A la ferraille ?

Aujourd’hui, tout est démonté ; les rails sont retirés. Les wagonnets sont mis en pièces détachées. Le non récupérable partira probablement à la ferraille.

Demain, il ne restera plus guère de traces de ces fameux petits trains de terre qui ont roulé durant plus de 70 ans à travers les champs et étangs du Touquet,



16.2.15

Un souvenir pittoresque du briquetier d'antan : de la nostalgie pure

Une fois extraite, il fallait amener l'argile brute vers les différents fours de la briqueterie.
Comment ?
Par petits trains, évidemment !
Il fut un temps où quatre convois différents circulaient sans arrêt, autour de la grande carrière d'argile pour amener la matière première de la machine excavatrice vers leur unité de fabrication.
Un "petit train" se composait d'un locotracteur poussant et tractant autant de wagonnets par devant que par derrière.  Ces convois circulaient sur des voies ferrées dites 'Decauville", c'est-à-dire étroite : une cinquantaine centimètres de largeur.  Un système d'aiguillages, généreusement bien graissés, permettaient aux convois de se diriger vers l'un ou l'autre four : Brimo, Numo, Nufa, Afma, Bristal !  Chaque "machiniste" se devait dès lors de se montrer habile pour veiller au bon réglage des rails, car, vous l'aurez deviné, tout se faisait… à la main et… au pas de course.

J'eus le privilège, dans les années 82-84, de pouvoir embarquer sur la dernière berline d'un "petit train" et de saisir en vidéo, caméra sur l'épaule, tout le charme de ces beaux et buccoliques voyages !
Regardez et écoutez….


Il exhume des Victimes de 14-18 ou des…bombes !

Au risque de vous embêter avec la "Terrasse", il me faut encore une dernière  fois évoquer ces trouvailles qu'on déniche en extrayant l'argile pour fabriquer les briques.
Autant ces découvertes peuvent servir de preuves à certains événements ou périodes historiques, autant elles peuvent aussi est… dangereuses !

Si les archéologues passionnés travaillent souvent en bottes et au "lucher", il leur arrive d'utiliser des petits outils tels que fins grattoirs ou petites cuillers pour récupérer précieusement un petit os ou un petite monnaie.

Cela dit, voici deux photos récupérées de la presse informatique pour affirmer qu'il en est parfois autrement !

Photo L'Avenir